Musique : Christoph Willibald Gluck
Livret : Ranieri de’ Calzabigi (basé sur le mythe grec d’Orphée)
Avec le Chœur de l’Opéra de Québec et l’Orchestre symphonique de Québec
Note : Distribution différente pour la production d’octobre à Québec.
Avec Orphée et Eurydice, Gluck donne à l’art lyrique l’une de ses formes les plus pures. À travers cette histoire d’amour au-delà de la mort, l’œuvre parle de l’absence, du doute, de la peur de perdre l’être aimé, mais aussi du pouvoir de l’art face à ce qui nous échappe.
Cette production du chef-d’œuvre de Gluck est signée par le grand metteur en scène canadien Robert Carsen, dont le regard éclaire avec force la simplicité et la profondeur de l’œuvre. Elle marque aussi le retour à l’Opéra de Québec du chef Bernard Labadie, invité à partager sa passion pour ce répertoire rare.
Le rôle d’Orphée sera porté par la grande contralto Rose Naggar-Tremblay, qui fait ici ses débuts dans ce rôle. Une rencontre exceptionnelle entre une œuvre essentielle, une interprète marquante et des artistes de tout premier ordre.
SYNOPSIS
Acte I
Eurydice est morte. Son époux et ses amis la pleurent sur sa tombe. Orphée, resté seul, s’abandonne à un désespoir total. Amour apparaît alors et lui annonce que les dieux l’ont pris en pitié : il est autorisé à descendre aux enfers pour tenter de ramener sa bien-aimée. Mais une condition lui est imposée. S’il parvient à la retrouver, il ne devra sous aucun prétexte se retourner vers elle, ni lui expliquer le silence de son regard avant d’avoir atteint la lumière. Déterminé, Orphée s’élance vers le monde des ténèbres.
Acte II
Dès son entrée aux enfers, Orphée est arrêté par les cris des morts, qui exigent la punition de tout mortel téméraire. Mais la douceur de son chant brise leur résistance. Il trouve enfin Eurydice, la prend par la main et, évitant son regard, l’entraîne hors de la vallée funeste.
Acte III
Eurydice ne comprend pas pourquoi Orphée refuse de la regarder ni de répondre à ses questions. Se croyant rejetée et n’ayant plus aucune raison de vivre, sa souffrance atteint un point de non-retour. Submergé par la détresse de son épouse et oubliant l’interdit divin, Orphée se retourne pour la réconforter. Elle meurt à l’instant même. Alors qu’Orphée est de nouveau terrassé par le deuil, Amour, profondément touché par son désespoir, réapparaît pour lui rendre Eurydice…
Cette production était à l’origine une coproduction de la Canadian Opera Company, du Théâtre des Champs-Elysées, de Château de Versailles Spectacles et de la Fondazione Teatro dell’Opera di Roma.
DIRECTION MUSICALE
Bernard Labadie
MISE EN SCÈNE
Robert Carsen
REPRISE DE LA MISE EN SCÈNE
Christophe Gayral
ASSISTANCE À LA MISE EN SCÈNE
Marilyn Gronsdal
CONCEPTION DES ÉCLAIRAGES
Robert Carsen, Peter Van Praet
REPRISE DES ÉCLAIRAGES
Mikael Kangas
Orphée et Eurydice tient en une heure trente, sans entracte, avec trois personnages et un chœur. Avec si peu, tout y est dit. C’est justement ce qui en fait l’une des œuvres les plus exigeantes du répertoire : il n’y a nulle part où se cacher.
Quand Gluck la crée à Vienne, en 1762, c’est exactement ce qu’il recherche. Débarrasser l’opéra de ses ornements, de ses conventions, de tout ce qui éloigne du drame. Mettre l’histoire à nu : un homme perd sa femme, il descend jusqu’aux Enfers pour la retrouver, il la perd une seconde fois pour l’avoir regardée. Ce que le public entend ce soir-là de 1762, c’est une langue musicale lavée, où chaque note touche juste parce qu’aucune n’est de trop.
Plus de deux cent soixante ans après, ce dépouillement reste notre meilleur point d’entrée. L’été dernier, Dialogues des Carmélites nous demandait la même chose : suivre des êtres humains jusqu’au bout d’une question qui les dépasse. Au printemps, Tosca nous y ramènera autrement. Ces trois œuvres ne partagent ni la même époque ni le même vocabulaire musical, mais nous les abordons avec un seul critère : ce qui se joue sur scène doit rester limpide pour celle ou celui qui entre dans une salle d’opéra pour la première fois, sans rien sacrifier de son exigence pour qui y vient depuis quarante ans. « Si grand, si humain » n’est pas une formule de saison. C’est la mesure que nous nous donnons.
Cet Orphée réunit des gens que je suis heureux de voir ensemble. Bernard Labadie, mentor et ami très cher, a passé sa vie dans ce répertoire et l’a fait connaître au monde depuis Québec. La production de Robert Carsen appartient à ce petit nombre de spectacles qui ne vieillissent pas, parce qu’ils n’ont jamais cherché à faire de l’effet. Et trois magnifiques voix d’ici : Rose Naggar-Tremblay, Anna-Sophie Neher, Natasha Henry. Ce sont trois artistes québécoises dont la carrière se déploie sur les grandes scènes, et qui reviennent chanter chez elles.
C’est comme cela que je conçois notre maison : une scène pour nos artistes et nos artisans, et une porte ouverte sur le monde.
Jean-Marie Zeitouni
[Ce texte sera publié dans le programme de salle.]